Sur Dufresny

Entre la comédie de caractère  illustrée par Molière,  et  la comédie politique inaugurée par Beaumarchais, il ne restait à des auteurs dramatiques, tels  Dancourt, Regnard, Dufresny, d'autres aussi, que les ressources de la comédie d'intrigue et de la comédie de mœurs. « il (Molière) ne nous a laissé que le désespoir de l'égaler » écrira même l'un d'eux, ( Destouches, préface du Glorieux ) .

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        Attribué à Jacques Autreau, Dufresny et Crébillon dans la maison d'Auteuil 

 De Charles Rivière Dufresny, on a pu dire que sa vie fut son meilleur livre. Il se voulait descendant d'Henri IV par une paysanne d'Anet, connue sous le  nom de la Belle jardinière . Présenté par le comte de Nangis,il devient à l'âge de 16 ans, garçon ordinaire de la chambre du roi, Louis XIV. Il avait l'art de divertir le souverain  qu'il suivit, par après, dans la guerre de Flandre(1668). Homme d'esprit, talentueux, artiste, bohême, l'opinion de l'époque le créditait d' un goût universel , il demeura pourtant toujours impécunieux malgré l'obtention de divers privilèges.*

*Des nombreuses anecdotes à son sujet, plus ou moins authentiques, on retiendra cependant celle relatée par Lesage dans Le Diable Boîteux, selon laquelle ne pouvant payer sa blanchisseuse Angélique, il en fit sa seconde épouse. Cette scène de comédie est ainsi décrite :

«il s'agit d' un vieux garçon de bonne famille, lequel n'a pas plus tôt un ducat, qu'il le dépense, et qui, ne pouvant se passer d'espèce, est capable de tout faire pour en avoir. Il y a quinze jours que sa blanchisseuse, à qui il devait trente pistoles, vint les lui demander, en disant qu'elle en avait besoin pour se marier à un valet de chambre qui la recherchait. Tu as donc d'autre argent, lui dit-il ; car où  diable est le valet  de chambre qui voudra devenir ton mari pour trente pistoles ? Hé ! mais, répondit-elle, j'ai encore outre cela deux cents ducats. Deux cents ducats, répliqua-t-il avec émotion, malepeste ! Tu n'as qu'a me les donner à moi, je t'épouse et nous voilà quitte à quitte. Il fut pris au mot, et sa blanchisseuse est devenue sa femme . »


 
 

 

 

Quant à son activité littéraire, ses débuts d'auteur dramatique se situent vers 1690. Il fournit des pièces aux Italiens puis à la Comédie -Française.

Sa collaboration avec Regnard se rompt en 1696 à l'occasion du Joueur. Dufresny, accusant Regnard de lui avoir volé le sujet, écrit à son tour Le Chevalier Joueur qui fut un relatif  échec.

Son théâtre, sauf exception, n'a guère plus d'interêt qu'historique, et se

Dufresnybpartage entre des improvisations légères, des bluettes en un acte, et de longues comédies assez vides. Reste, dans la lignée des Moralistes, l'auteur des Amusements sérieux et comiques, 1699, qui ( avec Le diable boiteux de Lesage, notamment) est l'une des sources des Lettres persanes de Montesquieu.

Directeur de revue, journaliste, il succède à D. de Visé pour le Mercure Galant de 1710  à  1724, mais de manière discontinue et selon les aléas  du privilège.

À la mort de Dufresny en 1724, c'est Louis Fuzelier, littérateur des plus prolixes, qui devient  le  titulaire de ce privilège.
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Date de dernière mise à jour : 02/09/2018